Ce qu’on amasse au cours des expériences professionnelles, ce n’est pas une masse de connaissances prêtes à l’emploi, mais plutôt une façon de penser.
Par exemple, en voulant faire quelque chose de secretly fancy de l’export XML de mes bookmarks yoolink, je me suis retrouvé à devoir transformer la date en datetime python. Au lieu de n’avoir qu’à aller chercher dans un puits sans fond de connaissances (sûrement difficile à maintenir avec le temps et les nouvelles technologies) à propos du format de cette date et sur la manière de la parser, voici ce que j’ai fait :
- à tout hasard,
date --help, parce qu’il me semble avoir vu ce format dans ce coin là - tiens, essayons
date -Rpourrfc822 - c’est le bon format, et
pydoc -k rfc822mentionne le modulerfc822 pydoc rfc822parle de parsedate qui renvoie un tuple- vicroty dans le code
Au total, 30 secondes, et je peux oublier de suite pour faire place à des choses plus importantes. Il est quand-même plus important de savoir comment trouver la réponse que d’avoir pensé à l’apprendre par coeur (j’espère qu’on enseigne toujours ça à l’école). Ça me fait doucement sourire quand je pense à l’anecdote suivante.
Mon but n’étant pas de faire de la diffamation, l’entreprise mentionnée ci-après (et son boss) sortent tout droit de mon imagination et sont fictifs, les noms, lieu et domaine d’activité ayant été volontairement floutés. Toute ressemblance avec des personnes morales ou physiques existantes (autres que moi-même) serait purement fortuite. Je préfère préciser, hein.
Je cherchais du boulot en fin d’année dernière et via un cabinet de recrutement je me suis retrouvé à passer un entretien dans une boite (cotée en bourse) dans un secteur parfois “limite” de l’informatique (ça ne m’interesse absolument pas mais le cabinet de recrutement a beaucoup insisté sur le côté très technique du poste, tellement technique qu’ils ont une équipe dans la Sillicon Valley). J’ai appris également par la suite qu’ils avaient fait blacklister certains de leurs clients de l’indexation google, parce que la qualité de leur prestation était plutôt du style minable. Presque trop LOL pour être vrai.
Le boss (que j’appellerai Brian car son vrai prénom est Georges), n’ayant même pas pris la peine de regarder mon CV ni vraiment de regarder mon nom avant de me recevoir, commence l’entretien en me montrant mon blog et en me demandant « c’est votre site ? » (bravo il sait utiliser google). « Heu, oui, mais c’est un site perso et ça n’a pas vraiment de rapport avec nos secteurs d’activité ». Le type continue à regarder ce blog (je sais bien que c’est le plus beau et interessant du monde, mais en entretien d’embauche…). C’était peut-être une de ces techniques à la con pour cerner des aspects insoupçonnables de ma personnalité, qui sait.
Aussitôt après, avant de parler du poste ou de mon profil, et alors que la question c’est plutôt combien je veux, il me demande combien je suis payé. Je lui réponds (et c’est ni mirobolant ni folichon), ses sourcils grimpent au plafond et tout ce qu’il trouve à me dire c’est « heu, et vous les valez ? ». Evidemment, je réponds que je pense que oui. « Pourquoi vous cherchez du travail ? ». « On m’a prévenu que vu l’état des finances, il y’avait des chances de licenciement économique, donc je prends les devants ». De nouveau les sourcils au plafond, « Ah tiens, et pourquoi ils ont fait ça ? ». Bah écoute connard, peut-être parce qu’ils sont plus humains que toi ? Bon en fait j’ai répondu « je trouve ça bien de leur part ». Apparemment lui non — je sens que j’ai beaucoup moins envie de bosser pour eux tout d’un coup.
La personne technique arrive et me pose des questions (après avoir demandé la permission de me tutoyer, parce que c’est tellement plus sympa). « Et vous savez faire ci ? », « et vous savez faire ça ? », et [... adlib]. Un peu inhabituel, mais pourquoi pas. J’avoue que j’ai expliqué brièvement mon parcours, mais j’ai un peu peiné et perdu confiance en moi car aucun des deux ne pannait quoi que ce soit. Enfin vient le coup de grâce : les QCM sur papier. Ruby, mysql, java, html, css, javascript. Pour être honnête j’ai répondu au hasard à beaucoup de questions, surtout à celles qui portaient sur les constructions les plus débiles et les plus ambigües qu’on puisse écrire en ruby. C’est exactement aux antipodes de ma façon de penser et ces choses-là ne devraient pas avoir leur place en milieu professionnel.
Pour en revenir au sujet initial, de deux choses l’une. S’ils veulent savoir si le candidat est efficace, autant lui présenter un problème sur un ordinateur avec tous les outils dont disposent les employés. S’ils veulent savoir s’il est intelligent, ou peut résoudre un rubikscube dans sa tête (et c’est vraiment à ça que ressemblaient les morceaux de ruby) ou s’il a une bonne mémoire, bah autant lui faire passer des tests de QI et mémoire sur nintendo DS.



















